Interview : Parfait Ouattara, Directeur Général de Taxijet Côte d’Ivoire : « Nous faisons le transport sécurisé avec les TIC »

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Parfait Ouattara, jeune entrepreneur ivoirien, fait partie de la nouvelle génération d’entrepreneurs innovants en Côte d’Ivoire et sur le continent africain. Son modèle d’entreprise de transport, basé sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) et mis en place en 2015, est en passe de révolutionner ce secteur en Côte d’Ivoire en garantissant notamment la disponibilité des taxis (3 minutes environ), le professionnalisme des chauffeurs, leur sécurité  et celle du passager, de même que la rentabilité du véhicule.

Ce jeune chef d’entreprise retenu par Microsoft pour participer au Programme BIZSPARK (appui aux start-up innovantes dans le monde), explique, dans cet entretien, son parcours, l’historique et le model-business de TAXIJET. INTERVIEW EXCLUSIVE sur www.infodusud.net et nulle part ailleurs.

« Avec TAXIJET, finis les soucis de sécurité dans le transport en commun »

 

Un mot sur votre parcours…

Je suis Parfait Ouattara, Directeur Général de Taxijet Côte d’Ivoire. Concernant mon parcours, je dirai que j’ai étudié à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody où j’ai obtenu un DESS en mathématiques et informatique à l’UFR de Maths-Info. Après ce DESS-là, j’ai travaillé à mon propre compte pendant quelques années. J’ai travaillé principalement à développer des systèmes d’information pour des entreprises locales et internationales. J’ai par la suite été recruté par le premier cabinet au monde d’audit et de conseils, le cabinet américain PWC. J’ai travaillé dans ce cabinet environ 3 ans et demi en tant qu’auditeur des systèmes d’information. Je suis par la suite revenu à mon premier amour qui est de travailler à améliorer l’écosystème existant. En gros, voilà un peu mon parcours.

Comment est partie l’idée de la création de Taxijet ?

L’idée de la création de Taxijet est partie d’un besoin qu’on a identifié au niveau du secteur des transports. En 2011, on a observé qu’il était souvent difficile, à des heures tardives, de se sentir  confortable étant dans un taxi. Aussi, on avait beaucoup de mal, lorsqu’on attendait un taxi, d’en avoir dans les zones reculées. C’est un peu comme ça qu’est partie l’idée. On a commencé à réfléchir à comment améliorer cet état de fait, comment trouver une solution, mais une solution basée sur les technologies. A ce gros problème déjà de sécurité, sécurité d’abord en ce qui concerne l’identité du chauffeur, ensuite l’identité du client et aussi la question de la traçabilité. C’est-à-dire lorsque vous êtes dans la voiture que vous oubliez un objet et que vous ne savez pas exactement à qui vous avez affaire, de mettre en place un système qui puisse rendre confortable les deux parties, chauffeur et passager. Et aussi, de mettre une sorte de ‘’vérité des prix’’, stables et connus de tous. Aussi, on a essayé de travailler à la possibilité de permettre à ce que les prix soient ceux qui ne soient pas liés au fait que vous soyez un client local ou étranger, parce qu’on a fait ce constat de fluctuation de prix en fonction du client résident ou non. Dépendamment de la provenance du client et la fluidité du trafic, les prix évoluaient. On a travaillé à améliorer ce segment-là. On a aussi travaillé à ce que les chauffeurs de taxi soient des chauffeurs beaucoup plus professionnels, des chauffeurs qui sont en adéquation avec la demande sur le marché. Voilà grosso modo d’où est venue l’idée : améliorer l’écosystème existant par le biais de la technologie.

Quand vous entamez ce projet de transport basé sur la technologie, êtes-vous les précurseurs ou trouvez-vous d’autres acteurs sur le marché ?

Quand nous avons commencé en 2015, bien évidemment, nous étions les précurseurs, cela n’existait pas. On s’est demandé si les gens allaient adopter cette manière de se déplacer basée sur la technologie de l’information et de la communication…On a été agréablement surpris que les gens aient accepté cette option, en téléchargeant l’application. Parce qu’au niveau sécuritaire, ils étaient rassurés car ils arrivent à identifier le chauffeur qui à son tour arrive à identifier le client. En gros, je dirai que le marché a adopté ce modèle-là.

Quelle est la place de Taxijet aujourd’hui dans le microcosme économique à Abidjan ?

TAXIJET, on est toujours au niveau de Start-up, c’est-à-dire qu’on essaie d’améliorer notre modèle. Une start-up est une organisation qui identifie un problème et essaie de le résoudre en utilisant la technologie, avec un modèle clairement défini. Nous avons donc défini un modèle que nous sommes en train de dérouler à ce niveau de start-up, mais une start-up qui est vraiment émergente. Les différents partenaires que nous avons,  voient plus ou moins l’intérêt d’être sur notre plate-forme. Ça leur permet de rouler peu, moins à vide et atteindre, voire dépasser  leurs recettes journalières en consommant moins de carburant. Je dirai que Taxijet est un partenaire vraiment fiable et un atout clé aujourd’hui dans le transport urbain.

Un mot sur le parc auto de Taxijet ?

Concernant le parc-auto de Taxijet, je dirai que nous nous efforçons à mettre à la disposition des usagers, des véhicules dont la disponibilité s’inscrit dans un rayon de 3 minutes. C’est-à-dire qu’en moins de 3 minutes, il faut que vous ayez un véhicule partout sur le territoire du District d’Abidjan, bientôt hors d’Abidjan, pour permettre au maximum de personnes qui veulent se déplacer de le faire en tout confort. Nous disons en tout confort parce que le chauffeur, avec nous, respecte le Code de la route, le véhicule est climatisé, suivi et entretenu. Tout ceci est sécurisé parce que le chauffeur et le client portent la ceinture et aussi le trajet du véhicule est balisé, donc retransmis en temps réel. En cas d’accident et autre situation, les informations sont remontées immédiatement. Le système est sécurisé parce que, par ailleurs, dans ces véhicules-là, il y a des boutons-paniques qui existent et qui permettent au chauffeur et au client de remonter l’information en cas d’accident ou d’incident quelconque…Donc, bien évidemment, on travaille à ce que le maximum d’ivoiriens qui vont sur notre plate-forme, de pouvoir se déplacer de façon confortable et sécurisante. Nous arrivons à couvrir aujourd’hui 10% du trafic.

Dites-nous quel est l’avantage d’un véhicule connecté par rapport à un véhicule ordinaire ?

Un véhicule connecté, bien évidemment, a des avantages importants. L’un des plus gros avantages, c’est que c’est un véhicule dans lequel vous êtes en sécurité, qui est suivi et entretenu. C’est un véhicule qui est connecté avec son environnement immédiat, qui sait plus ou moins à quel moment il doit s’arrêter au feu, passer le feu, qui est vraiment équipé de système embarqué, pour éviter au maximum les accidents. Plus on aura de véhicules connectés à Abidjan, vous verrez qu’on aura moins d’accidents à Abidjan, les vols de véhicules et à l’intérieur des ceux-ci vont baisser considérablement. C’est une innovation technologique très importante que de connecter tous les véhicules qui existent.

Quelles sont les perspectives pour TAXIJET ?

En termes de perspectives, c’est de pouvoir répondre à la demande ici à Abidjan et dans les villes alentours. Notamment en mettant les véhicules dans un rayon de trois minutes à la disposition de toutes les personnes qui souhaitent se déplacer. C’est de pouvoir former l’ensemble des chauffeurs de taxi, Gbaka, Wôrô-wôrô dans le District d’Abidjan et en dehors, de sorte que nous ayons des chauffeurs qui sont professionnels. En définitive Taxijet se projette comme un acteur-clé qui permettra aux acteurs du transport en Côte d’Ivoire d’être professionnels, donc émergents. Ce transport-là  permettra à la Côte d’Ivoire de retrouver l’image d’antan qu’elle avait. C’est l’une des perspectives très importantes pour nous à atteindre à terme…

C’est aussi de contribuer à l’intégration des jeunes en quête d’emplois. C’est dans cette perspective que nous avons créé une académie dénommée TAXIJET ACADEMY qui forme des étudiants aux métiers de chauffeur qui est un métier noble et qui réduit de façon considérable le chômage dans le pays. Nous invitons donc les étudiants en quête d’emplois à ces métiers-là. Nous voulons donc accroître notre activité mais aussi contribuer à réduire le chômage en proposant des métiers aussi bien pour des gens qui ont eu la chance d’aller à l’école que ceux qui n’ont pas eu cette chance-là.

Un mot à la jeunesse ivoirienne qui ne sait pas toujours à quel saint se vouer en matière d’emploi.

Nous disons à la jeunesse de rester positive et de travailler. L’Etat ne peut pas tout faire. Les jeunes doivent mettre en place une organisation et en tant que jeunes, essayer de contribuer à la réduction des problèmes. Aujourd’hui, en Afrique, il n’y a que des problèmes. Or il peut avoir autant de start-up que de problèmes qu’on rencontre en Afrique. Il faut identifier un problème, mettre en place un système intégré et se mettre au travail.

Réalisée par Hervé Gobou

rvgobou@yahoo.fr