POURQUOI TOUS LES CHU À ABIDJAN ? OÙ EST LA DÉCONCENTRATION ADMINISTRATIVE ?

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En dehors du débat de la paternité de la construction du CHU d’Angré, une question qui semble plus importante à nos yeux est à mettre en débat. Celle de la déconcentration des services publics dans notre pays. Ce dernier CHU inauguré à Angré fait monter à quatre, le nombre de ces centres de santé dotés de meilleurs plateaux techniques pour la seule ville d’Abidjan. Sur un total de cinq, Abidjan seulement abrite quatre et Bouaké le deuxième du pays un. C’est vrai que le RGPH de 2014, donne le quart de la population ivoirienne à Abidjan, mais n’en demeure pas moins que des Ivoiriens vivent aussi dans d’autres villes et villages du pays. Et, pour revenir au problème des services de santé, je crois que l’acronyme CHU signifie Centre hospitalier et universitaire. Cela veut dire qu’on y fait faire la formation pratique des étudiants en médecine. Hors le Côte d’Ivoire compte, en plus d’Abidjan une université à Daloa, une à Korhogo et une autre à Man. On pourrait alors ouvrir des facultés de médecine dans ces trois autres grandes villes du pays et par conséquent y construire trois autres Centres Hospitaliers et Universitaires, qui visiblement, coûtent, de loin, moins chères que d’autres réalisations, en entendant les universités de Bondoukou et San Pédro. On rendrait un réel service aux populations des localités environnantes et le postulat selon lequel «  »la déconcentration a pour but de rapprocher l’administration des administrés » » prendrait vraiment tout son sens. C’est cela le vrai développement, très chers gouvernants.

A côté de cette préoccupation, il faut analyser la question des plateaux techniques dont disposent nos hôpitaux de manière générale. Les centres de santé existant dans les villes ne sont pas dotés de tous les services, tous aussi importants pour le simple diagnostic des maladies. Du manque de matériels d’imagerie en passant par le manque de poches de sang, tous les ingrédients de ce désert technique sont réunis. Il ne faut pas aller parler des dispensaires ou/et maternités en zone rurale qui utilisent des moyens rustiques et empiriques de de diagnostic et de soins. Là-bas, c’est carrément la catastrophe. On ne peut pas faire de radiographie, ni d’échographie, à plus forte raison le scanner. C’est un luxe que de faire un scanner à Gagnoa, à Boundiali ou à Brobo. Tous ces éléments montrent combien les défis des gouvernements sont nombreux. On concentre tout à Abidjan. Toutes les directions et les services spécialisés en matière de santé se trouvent dans la seule ville d’Abidjan.

Au demeurant, il a le problème de la désertion des centres de santé des autres localités du pays par les personnels de santé. Puisque la capitale économique reçoit les meilleurs centres et qu’à Abidjan, on peut avoir quelques heures de ‘’gombo’’ dans des officines privées, tout le monde, tous les médecins, infirmiers et autres agents de santé cherchent par tous les moyens à y exercer. Quitte à chercher les « réseaux » comme on le sait. La corruption est dans tous les milieux en Côte d’Ivoire. On se fait affecter ou muter à Abidjan moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

L’autre question que pose ce sujet, au-delà du cas des centres de santé, est celle d’une vraie politique de déconcentration administrative dans le pays. Les discours sont plus parlants que les actions politiques. On chante partout « développement » mais on ne le traduit pas par des actes courageux et concrets. Les deux systèmes adoptés par les pays, à savoir la déconcentration et la décentralisation devraient permettre d’atteindre les objectifs de développement. Au moment où le pays cherche à atteindre le stade de pays émergent, il est plus qu’indispensable d’œuvrer à faire en sorte que les populations bénéficient des retombées de ces deux politiques adoptées depuis l’accession de notre pays à l’indépendance.

BOUSSOU Koffi Arcèl