Sénatoriales/ Noëlle Houlé (Ex-candidate aux législatives à Cocody) aux députés et candidats en lice : « Les populations mécontentes dans leur ensemble vous regardent faire… »

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Noëlle Houlé, Ex-candidate aux législatives de 2016 à Cocody, connue pour son franc parler et ses prises de positions en faveur de la masse, sort de sa réserve pour interpeller la classe politique ivoirienne et les candidats en lice pour les sénatoriales sur les conséquences de « leurs actions en inadéquation avec la constitution ».

Qu’est ce qui explique la sortie de votre réserve ce jour, vous qui aux lendemains des législatives aviez décidé de vous prendre une année sabbatique pour mieux réfléchir sur la suite à donner à votre engagement dans la politique ?

Bien merci à vous, j’avais décidé de rester muette comme une carpe car véritablement affectée par la politique de l’autruche de mon parti, l’UDPCI, qui avait jugé bon de ne pas m’accompagner aux législatives mais qui m’avait enjoint de battre campagne pour Yasmina Ouegnin. J’avais l’année des élections législatives demandé même supplié le président de mon parti, El hadj Abdallah Mabri Toikeusse de m’adouber comme la candidate de l’UDPCI afin de concourir pour ces élections, demander aux cadres de m’appuyer dans ma démarche que nenni j’ai essuyé une fin de non-recevoir. Pourtant mon dynamisme et ma clairvoyance aux municipales avait permis à mon parti de tirer son épingle du jeu aux municipales à Cocody. Et ce, parce que par notre ralliement à la candidature du PDCI, nous avons pu obtenir la victoire à ces élections. J’ai œuvré grâce à mon réseau d’amitiés et mes inconditionnels à positionner le PDCI. Maintenant que j’étais dans l’attente d’un retour de l’ascenseur grande fut ma déception, personne je dis bien personne parmi les cadres de mon parti et du RHDP n’a voulu me soutenir, me donner ma chance, pire tous et toutes m’ont vilipendé, traité de tous les noms d’oiseaux. En effet, j’ai perdu mais j’en ai tiré toutes les leçons. Moi, qui me suis battue becs et ongles pour les municipales aux côtés du PDCI, mis à contribution mes inconditionnels pour un splendide score lors du vote du referendum de la Constitution, j’ai été mise aux calendes grecs au profit d’autres candidates.  Ceux et celles qui me connaissent me reconnaissent ma franchise et ma droiture car quand je suis pour un tel, je le suis quoi qu’il m’en coute.  Je sors de ma réserve parce que j’ai la certitude qu’on tord le cou à ma Constitution et légaliste je donne de la voix pour dire mon mécontentement qui reste celui de millions d’ivoiriens épris de justice et d’équité, qui tout comme moi ont voté cette Constitution. Car l’ordonnance pris par le Chef de l’Etat va al contrario des principes d’équité qui régissent nos lois, cela est admissible pour des intellectuels avertis d’accepter l’opprobre comme eau de vie, je dis haut et fort à qui veut l’entendre, le mercantilisme politique tôt ou tard fera payer cash les incivilités aux adeptes des petits arrangements pour continuer à se goinfrer sur le dos des citoyens.

Que reprochez-vous véritablement à l’ordonnance pris par le président de la République pour la tenue de ces sénatoriales ?

Tout est faussé, le déroulé de l’action pour ne pas parler de sa saisine. L’article 90 (Chapitre 3, Titre 4 relatif au pouvoir législatif) apporte une réponse claire et nette aux débats en cours : « Les pouvoirs de chaque chambre expirent à la fin de la session ordinaire de la dernière année de sa législature. Les élections des députés et des sénateurs ont lieu avant l’expiration des pouvoirs de chaque chambre. Une loi organique fixe le nombre des membres de chaque chambre, les conditions d’éligibilité et de nomination, le régime des inéligibilités et incompatibilités, les modalités de scrutin ainsi que les conditions dans lesquelles il y a lieu d’organiser de nouvelles élections ou de procéder à de nouvelles nominations, en cas de vacance de siège de député ou de sénateur. Le montant des indemnités et les avantages des parlementaires sont fixés par la loi organique ». Les députés dans leur entièreté restent bouche bée, leur honorabilité semble s’être estompée devant ce décret qui cause l’ire de la population.  Qui a été bienveillamment éclairée par notre éminent juriste constitutionnaliste Ivoirien, le Pr Francis Wodié, ancien président du Conseil Constitutionnel donc un sachant que je salue et à qui je rends un vibrant hommage pour sa clairvoyance et son sens profond pour la légalité. Il a généreusement éclairé la lanterne du peuple sur ce hold-up constitutionnel, car il a dit et je cite parlant des sénatoriales à venir : « (…) La Constitution est assez claire. Elle indique que l’organisation de l’élection des membres du Parlement, d’après les grandes dispositions posées par la Constitution, doit faire l’objet d’une loi organique. Vous savez quelle est la nature de l’acte qui a été retenu pour aller dans ce sens-là. Ce sont des points importants, mais ce ne sont pas les seuls. Il y a des problèmes juridiques, mais il y a surtout, pour nous, les problèmes politiques ». Puis d’ajouter de façon limpide et précise : « Il faut pouvoir les régler autant que possible, de manière consensuelle, parce que ce pays qui nous appartient, ne peut pas être au service d’un groupe, d’un parti politique ou de quelque structure que ce soit. C’est cette manière de voir et de faire qui nous a conduits à la situation que nous connaissons. Et comme nous sommes des êtres intelligents, j’espère que nous le sommes, et que nous sommes ensuite soucieux de l’avenir commun du pays, alors nous comprendrons que nous devons pouvoir nous parler, comme je vous parle maintenant. Parce que le pays en a besoin et la paix ne peut reposer que sur l’accord et sur le consensus. C’est notre volonté et nous espérons qu’elle sera partagée par tous ».   Je remercie également Me Faustin Kouamé, avocat, ancien ministre, Garde des sceaux, ministre de la justice qui a eu la force et le courage de décrier et de trouver « confuse et incomplète » et « donc inappropriée » cette ordonnance du président Alassane Ouattara sur l’élection des sénateurs. En tant qu’ivoirienne suis peinée par la déclaration du porte-parole du gouvernement, le ministre Bruno Koné, qui affirme toute honte bue, « Il n’y a absolument pas de violation de la Constitution (…). Il y a eu une nouvelle Constitution qui prévoit la mise en place d’un Sénat. Toute la population s’est exprimée en faveur de cette Constitution. Le Sénat doit s’installer dans un délai précis, après la première session de l’Assemblée nationale début avril ». « Toute la population s’est exprimée en faveur de cette Constitution », ce sont ces mots et c’est extrêmement grave parce que sans l’aval des députés porte-voix des populations, le chef de l’État prend une décision qui n’honore pas notre patrie, le pays de feu Félix Houphouët-Boigny, qui je pense bien se retourne à l’heure actuelle dans sa tombe vue cette étrangeté. Pour ma part, je me confie à Dieu espérant profondément qu’il saura guider nos gouvernants.

Les dés sont jetés impossible de faire marche arrière, le vote aura bel et bien lieu le 24 mars prochain, dans ce cas d’espèce que préconisez-vous ?

Que tous les candidats aux sénatoriales sachent une chose, les populations mécontentes dans leur ensemble vous regardent faire. La base sinon l’électorat dont se targue les partis politiques sont les populations qui ont élu les députés, les maires et leurs conseils municipaux ainsi que les présidents des conseils régionaux et leur équipe régionale qui éliront le 24 mars prochain les illégitimes sénateurs à leurs yeux. Que l’ensemble de la classe politique, les députés en premiers n’oublient à qui appartient véritablement le pouvoir d’État. La caution du peuple on la mérite, lorsqu’un peuple est déçu, il le démontre dans les urnes. Passées les sénatoriales viendront le tour des municipales et des régionales, le suivisme moutonnier s’accordant aux pensées des politiques payera à coup sûr, attendons donc de voir la suite. Déjà que 2020, suscite de fortes tensions et des batailles rangées, le peuple en toute âme et conscience tranchera. Bien de politiques qui en pleine journée s’accommodent avec cette triste réalité et nuitamment disent le contraire seront situés. Nous nous clamons à haute et intelligible voix notre désaccord, notre désapprobation, refusons d’être complice de cette ignominie.

Réalisé par

Ibrahim DOUMBIA